Conker’s Bad Fur Day

En ouvrant grand les portes de Games in the City, j’avais bien sûr l’ambition de ne pas parler que de nouveautés. Après tout, ça fait un certain nombre d’années que je promène amoureusement mes doigts sur tout un tas de périphériques me permettant d’interagir avec le divin monde virtuel (qui, faut-il le rappeler, est bien plus bô que le vrai monde où l’on prend de l’âge et des kilos pas désirés à chaque instant), et du coup je peux dire que j’en ai vu passer, des jeux excellents, bons et moins bons (bande de petits jocrisses !)
Mais vous savez ce que c’est, souvent on est faible et on fini par se dire « pourquoi remettre au lendemain ce que je peux faire le surlendemain ? », et on traîne… Bon, malgré tout ça, faut quand même que GITC décolle un peu %@&$§ de #£¤µù ! Et ça ça ne peut se faire qu’en nourrissant régulièrement la bête, donc après ces quelques semaines ayant oscillé entre désagréments techniques et repos (pas du tout) durement mérité, je vous promet de me coller quelques claques au Q afin de vous permettre de perdre un peu plus votre temps (comme le permettent les vrais pros du net). Et j’ouvre donc enfin cette rubrique rétro qui manquait cruellement au site avec un petit bijou, représentatif d’une époque où certains développeurs avaient moins de scrupules à dépasser les bornes, et où du coup on rigolait un peu plus, parole de vieux con !

Genre : Plate-forme/Shooter/Trash Trip
Supports : N64/Xbox (Conker : Live & Reloaded)
Date de sortie : 4 mars 2001 (US)/6 avril 2001 (Europe)

Editeur : Nintendo (US)/THQ (Europe)
Développeur : Rareware

Comment ? Oui, comment un ovni tel que Conker’s Bad Fur Day a t-il pu voir le jour sur la N64, console réputée familiale et grand public ? Présenté dés l’E3 1997 et répondant à l’époque au nom de Conker’s Quest, le titre n’avait à priori rien pour se distinguer des autres jeux de plates formes 3D ; il promettait même d’être mièvre et guimauve à souhait avec son petit écureuil de héros évoluant dans un univers tout kawaii et coloré pour aller délivrer sa compagne. A l’époque cela ne retient l’attention de personne, en partie aussi parce que dans le même temps est présenté Banjo-Kazooie (des studios Rare également) qui en est à un stade beaucoup plus avancé. Une année passe avant que le jeu ne refasse parler de lui. Un nouveau titre est alors annoncé (Twelve Tales-Conker64) et le développement du jeu aurait été repris de zéro. Puis de nouveau plus aucune nouvelle jusqu’à janvier 2000 où Nintendo annonce que le jeu sortira bientôt, cette fois-ci sous le titre Conker’s Bad Fur Day. Il est finalement présenté à l’E3 la même année, et là c’est le choc ! Disparu le jeu de plates formes mignounet, Conker s’est transformé en grosse farce violente, scatologique et obscène !

Stupid logo !

Outre son titre (variation sur l’expression anglophone « bad hair day », grosso modo l’équivalent de notre « j’ai les cheveux qui poussent à l’envers ») et sa présentation (où Conker découpe rageusement le logo Nintendo en deux avec une tronçonneuse !), le jeu affiche ostensiblement sa nouvelle orientation en ouvrant sur la reprise du plan d’ouverture de Orange Mécanique et ne laisse rapidement aucun doute quant à la suite des événements. Passé l’intro nous retrouvons Conker – qui tient maintenant définitivement plus du « crazy squirrel » de Tex Avery que du rongeur qui fut un temps l’horripilante mascotte de la caisse d’épargne – complètement murgé à la sortie du bar où il a passé la nuit à se mettre minable avec des potes prêts à partir au front. Il a mal au crâne, il ne marche pas droit et dégueule tous les trois mètres. Bref il est urgent d’aller se pieuter ! Pendant ce temps-là la situation est grave à la cour du roi Panthère : la table sur laquelle il pose habituellement son verre de lait a un pied de cassé ! Après bien des heures d’études face au problème le scientifique du royaume (à l’accent très Docteur Mabuse) est formel. Pour remplacer la partie défectueuse du mobilier il faut…un écureuil rouge !

Ce pitch hautement absurde marque le début d’un des jeux les plus ouvertement trash jamais réalisé et où les développeurs n’ont visiblement pas cherché trente secondes à se censurer. Jugez plutôt : sur le chemin qui doit le ramener à sa maison (et à sa copine Berri, l’archétype de la bimbo blonde qui collerai son oreille contre un mur pour écouter de la house), Conker va croiser un roi abeille bourré et obsédé sexuel (qui cherche à « polliniser »la fleur à forte poitrine du coin), une meule de foin « terminatoresque », des vaches qui ont la diarrhée, des zombies (évidemment) avides de cerveaux, un étron géant chanteur d’opéra à ses heures (« I am the great mighty Poo, and i’m going to throw my shit at you ! »), des oursons nazis et bien d’autres encore, qu’il devra soit aider (mais pas pour rien ; notre anti héros l’étant jusqu’au bout c’est tout vénalement qu’il demandera a être rétribué en dollars !), soit affronter (ce qui se terminera très souvent par une explosion de tripes des plus gores). De plus tout ce petit monde parle (une première pour un jeu N64, les dialogues étant jusqu’ici présents sous la forme de textes, support cartouche oblige), ou plutôt devrais-je dire jure. En effet c’est souvent à coups de « bastard » ou d’« asshole » que les protagonistes du jeu terminent leurs phrases, et même si beaucoup de passages sont bipés on entend sans peine les « cocksucker » et autres « fuck » résonner dans sa tête.

« I am the Great Mighty Poo and i’m going to throw my shit at you ! »

Côté gameplay le soft est aux petits oignons avec une maniabilité impeccable et un level design au top qui reprend tous les standards façon Mario64 pour mieux les pervertir (comme la vallée de merde, littéralement dégoulinante d’excréments et à la bande son ponctuée de bruits de pets et de déjections !). A certains points précis, indiqués par un gros B (en relation avec le bouton du pad à utiliser), le sciuridé vénal pourra accomplir certaines actions contextuelles nécessaires à sa progression (toujours dans un esprit décalé bien sûr, comme ce passage où il faut ingurgiter sec plusieurs volumes de bibine avant d’aller, rond comme une queue de pelle, pisser sur quelques diablotins enflammés). Pour le reste il pourra bien entendu sauter, mais aussi planer quelques instants en l’air en se servant de sa queue comme de pâles d’hélicoptère (« the helicoptery thing », sans doute un hommage à Tails de Sonic2) et assommer ses ennemis à l’aide d’une poile à frire (qui sera plus tard remplacée momentanément par un autrement plus avantageux fusil a pompe à visée laser !). Conker’s Bad Fur Day se fait aussi remarquer par ses graphismes, les plus fins jamais obtenues pour une cartouche N64. Le jeu est en effet le premier à intégrer un éclairage dynamique sur ce support et sa profondeur de champ, toujours importante, n’est jamais occultée par le fameux « brouillard » que l’on trouve sur tous les autres titres ( Conker’s Bad Fur Day à d’ailleurs la réputation d’être la cartouche la plus blindée de données de la ludothèque N64).

Un petit mot également sur le mode multi-joueurs. Très varié, celui-ci permet de se livrer à de nombreux mini jeux entre potes tels que le deathmatch (of course !), mais aussi le mode « heist » (où il faut réussir un braquage de banque !) ou « beach » (où il faut traverser les lignes ennemis lors du débarquement). On trouve aussi un mode « surf » (course sur la lave), et bien d’autres basés sur les nombreuses situations du jeu.

Conker’s Bad Fur Day est aussi un vrai régal niveau parodies. On y retrouve en effet moult clins d’œil à des jeux ou des films mythiques. Sans rentrer dans le détail, citons pêle-mêle Les Dents de la Mer, Il Faut Sauver le Soldat Ryan, Matrix, Resident Evil, Street Fighter 2, Reservoir Dogs, Dracula, Aliens…

Cet ensemble fou est soutenu par une bande musicale très jazz « dixieland », parfait contrepoint de cet univers loufoque et méchant.

« Die, you naziz bastardz !!! »

Conker est beaucoup plus qu’irrévérencieux (MadWorld est irrévérencieux, mais c’est clairement un titre pour adultes), c’est ouvertement un gros doigt morveux tendu à la face des conventions polies et commerciales qui régissent la politique de développement de certains éditeurs, Nintendo en tête. Ce qui explique sans nul doute l’embarras chez ces derniers au moment de commercialiser Conker’s Bad Fur Day. Le jeu sortira en quantité limité et, bien qu’encensé par la critique, ne se vendra pas bien aux USA (55 000 exemplaires, largement en dessous des ventes moyennes sur la console à l’époque ; il faut dire que Nintendo ne s’est pas empressé d’en faire la promo), et finalement Big N décidera de ne pas distribuer le soft en Europe et au Japon (officiellement pour raisons de non rentabilité commerciale). L’Europe aura finalement droit à une sortie grâce à THQ, mais le jeu ne sera pas traduit et son prix de vente prohibitif par rapport au prix moyen des cartouches (600 francs contre 450 habituellement) suffiront à en faire un échec aussi sur le vieux continent.

Aujourd’hui devenu culte (et disons le, introuvable, car jamais réédité), Conker’s Bad Fur Day reste un jeu qui détonne de par son attitude totalement « décomplexée du gland » et sa méchanceté qui ne se cherche aucune excuse pour exister. Le genre de titre qui nous rappelle quelque part que dans le monde fascinant du jeu vidéo beaucoup de portes n’ont pas encore été (violemment) enfoncées !

PS : A noter que le jeu fut remasterisé à l’occasion de la sortie de Conker : Live & Reloaded sur Xboite première du nom. Bizarrement, et alors que la console de Crosoft visait plutôt un public de jeunes adultes, cette réédition sera censurée sur de nombreux points.